La crise épidémique est une crise écologique

Des milliers de cargos sont à l’arrêt dans les ports asiatiques, les avions qui rejoignaient Roissy ont quasiment disparu du ciel de la Seine Saint-Denis, et le flux des voitures dans Saint-Ouen s’est enfin tari … laissant nos oreilles et nos poumons au repos. La frénésie de mouvements, la course contre le temps et l’injonction permanente à produire, à travailler, à consommer s’est, pour un temps, suspendue, devant la menace sur nos corps et sur nos vies qu’est le Covid 19. Celui-ci touche tous les domaines de la société : le sanitaire, le social, le politique, l’économique et modifie les façons d’habiter, d’aimer, de vivre et de survivre, de travailler, de se parler, de mourir et d’être enterré. Plus que jamais, il s’agit d’en prendre la mesure.

Si le virus n’est bon pour rien, ni pour personne, il ouvre toutefois une fenêtre inattendue sur les problématiques écologiques, leurs causes et leurs conséquences. Cet arrêt soudain de l’activité productive a engendré une baisse fulgurante des émissions de CO2, la réappropriation par les animaux de leur environnement, la réduction drastique des déchets… tout ce qui paraissait inimaginable il y a encore quelques semaines, est devenu une réalité – certes temporaire. Le confinement de l’homme apparaît comme une source de répit pour la biodiversité et les écosystèmes.

Et si cette période était un moment de bascule pour l’humanité, un événement qui nous oblige à repenser notre rapport au vivant, et, au-delà, nos manières d’habiter, d’aimer, de vivre, de travailler.

Il faut comprendre que la pandémie de Covid 19 est d’abord une crise d’origine écologique. C’est le comportement de l’homme qui en est responsable. La destruction des écosystèmes et la déforestation massive qui mettent en relation des espèces qui ne se seraient jamais rencontrées autrement, favorise les contaminations de virus de l’animal vers l’homme. De la même manière, nos consommations et la promiscuité que nous entretenons avec les animaux – via l’élevage intensif notamment – est une source importante de passage de virus entre les espèces. Cet irrespect du vivant – animal et végétal – est une cause profonde de la situation actuelle.

Elle n’est pas la seule. La mondialisation, les politiques néo-libérales et productivistes qui ont été menées systématiquement, méthodiquement depuis 40 ans et dans une large majorité de pays ont également une responsabilité écrasante. Ces politiques ont favorisé un capitalisme de prédation et d’exploitation des hommes et de la nature, spoliant les ressources de la planète en minerais, en bois, en eau, détruisant les écosystèmes et les forêts, s’enfonçant toujours plus profondément dans la terre pour en extraire de quoi soutenir un modèle productif dont nous voyons où il nous mène. Nous le savons, chaque année, nous épuisons les ressources de la planète au-delà de ce qu’elle peut renouveler. Il faudrait 2,7 planètes par an si l’ensemble de la population mondiale vivait comme les français, 5 si nous avions le mode de vie des américains. Et je ne parle pas des dérèglements qu’il génère sur le climat, notamment par l’émission massive de CO2 par la circulation des hommes et des marchandises.

L’appât du gain, les profits et la rentabilité à courts termes – favorisés par un pouvoir immodéré donné aux marchés financiers – ont été mortifères pour le bien commun et les politiques publiques. Les politiques néo-libérales ont systématiquement privilégié les logiques comptables sur le vivant et les intérêts à longs termes : on le sait, la menace d’une pandémie était réelle, et annoncée par les épidémiologistes du monde entier, pourtant rien n’a été fait, en France, et dans de nombreux pays, suite à de petits calculs budgétaires.

Cette crise sanitaire nous oblige à repenser radicalement notre rapport au vivant et la façon que nous avons de produire, de consommer, et de répartir les richesses. Sans quoi tout cela recommencera. Aux crises sanitaires – probablement plus violentes – s’ajouteront les crises climatiques : montée des océans, tempêtes destructrices, canicules et sécheresses, disparition d’une ressource aussi précieuse que l’eau potable. Nous le constatons aujourd’hui… la crise sanitaire montre le coût démentiel de l’inaction.

Pourtant, tout dans l’attitude des dirigeants ou du patronat laisse à penser qu’ils n’ont pas pris la mesure morale et philosophique de la crise. Ils reprennent les mêmes mots, avancent les mêmes mesures, et vont tenter – une fois encore – de profiter de la situation pour réduire les acquis sociaux et les libertés publiques, augmenter les inégalités et faire payer aux contribuables les conséquences de la crise. L’endettement massif auxquels sont en train de recourir les gouvernements s’annonce d’ores et déjà comme un fardeau pour les générations à venir et un levier idéal pour les futures politiques néolibérales. On les entend : « Il faudra rembourser la dette », « travailler plus », « renoncer à ci, à ça ». Surtout, la masse énorme de liquidité – plusieurs centaines de milliards d’euros – qui va être injectée dans l’économie mondiale s’annonce déjà comme un retour fulgurant au dogme de la croissance et du productivisme…

Ça ne prendra pas. Pas cette fois. Les pompiers pyromanes du néolibéralisme doivent être renvoyés dans les limbes de l’histoire.

Si nous nous désespérons de cette pandémie, des difficultés et des drames immenses qu’elle provoque pour un certain nombre d’entre nous, avec A gauche! , nous pensons que ce moment de suspension doit être l’occasion de poursuivre et de développer un modèle de société durable et solidaire, au service du bien commun. Au-delà de l’arrêt brutal, nous devons organiser un ralentissement général et structurel.

Reconstruire le monde de demain à Saint-Ouen !

Nous continuons donc de réfléchir et de proposer des idées, des réponses, des expérimentations sur la manière la plus appropriée d’inscrire notre territoire – avec ses spécificités – dans la voie de la transformation écologique et solidaire. Relocalisons nos activités, enracinons notre sociabilité dans la ville pour plus de solidarité et d’entraide, construisons l’autonomie politique, alimentaire et énergétique. Entamons ensemble les trois transitions nécessaires pour le monde de demain : écologique, sociale et démocratique. L’une n’ira pas sans les autres.

1/ Transport

A Saint-Ouen, il faut limiter rapidement et massivement l’usage individuel de la voiture : cela est polluant, bruyant, extrêmement coûteux pour la collectivité et occupe une place exagérée dans la ville (places de stationnement et voies de circulation). Il faut donc en limiter autant que faire se peut l’usage, pour développer une pratique et les équipements nécessaires aux circulations douces : vélo et piétons, notamment en aménageant certaines rues, en en fermant d’autres à la circulation automobile. Il s’agit également de favoriser les transports collectifs, notamment en favorisant des voies propres pour les bus 85 ou 166. L’arrivée prochaine de la ligne 14 est évidemment très positive.

Sur la question des transports, la municipalité devra également entamer sa transition, notamment en favorisant l’usage du vélo dans ses services et pour son personnel.

2/ Économie d’énergie

Un pôle très important consommateur d’énergie est le logement. La municipalité peut y avoir un fort pouvoir d’intervention : soit par les normes de construction qu’elle exige, soit par le logement public et les bâtiments publics qu’elle détient. La ville devra engager une sorte de planification sur ces questions pour assurer l’isolation de tous les bâtiments dont elle a la gestion à moyen terme. Par ailleurs, elle devra intervenir sur le logement privé, en limitant notamment les logements insalubres qui sont nombreux dans la ville et en mettant en place certain dispositifs comme le permis de louer.

Parallèlement, elle devra exiger pour les nouvelles constructions des normes à hautes valeurs écologiques, quels que soient les équipements : résidences, bureaux ou équipements publics.

3/ Production

Le monde à venir passera par une modification profonde de notre appareil de production, qui devra se détourner des petits objets au bénéfice d’infrastructures. Des objets moins nombreux et plus durables, pour lutter contre l’obsolescence programmée. Pour aller dans le sens d’une plus grande autonomie productive, nous souhaitons développer un pôle de l’économie sociale et solidaire au CAP 21 de Saint-Ouen, avec le développement d’une régie de quartier notamment. Nous pourrons adjoindre à ce pôle un centre de recherche en « low-tech » (faible technologie) qui pourrait s’appuyer sur la ville pour ses expérimentations. Parallèlement, la commune devra investir dans une recyclerie… et créer et/ou favoriser la création de petites unités pour faire de la production industrielle locale notamment via les imprimantes 3D ou des machines à coudre autonomes. Nous sommes convaincus que c’est par un réseau de petites unités implantés localement que se fera la production industrielle de demain.

Parallèlement, la ville devra s’engager vers une autonomie et des économies énergétique. Si pour des raisons législatives, ce n’est pas encore possible directement – l’intégralité de l’électricité doit-être revendue à EDF – en s’appuyant sur des acteurs locaux comme la coopérative Plaine énergie notamment. Parallèlement, elle devra réfléchir et s’engager vers des économies qui pourront être réaliser par la ville et sur la ville (éclairage public, bureau allumés la nuit…).

4/ Agriculture et alimentation

Même si c’est une problématique complexe pour une ville comme la nôtre où le foncier agricole est quasi nul, c’est un aspect que l’on ne doit pas négliger. Il s’agit de développer une agriculture de proximité sur chaque parcelle disponible, sur chaque terrain qui le permet, sur chaque toit ou parking. Le rendement sur ce type d’agriculture est intéressant, parce qu’il permet de faire plusieurs récoltes par an. Cette agriculture pourra alimenter les cantines scolaires et/ou des restaurants de Saint-Ouen. Parallèlement, la ville devra viser un circuit aussi court que possible pour les cantines scolaires et le 100% agriculture biologique.

5/ Une ville d’humanisme

Si le contexte actuel du Covid19 nous impose les règles de distanciations sociales ; il est tout à fait fondamental d’inventer une nouvelle manière d’être ensemble, tourner vers l’autre, vers l’amitié et les rencontres. Sortir du modèle consumériste pour aller vers une ville de la co-élaboration et de solidarité.

Cela passera, entre autres, par la multiplication de jardins partagés, de lieux « autogérés » dans lesquelles les habitants pourront s’investir ou par la création de journées citoyennes qui permettront d’effectuer des travaux collectifs pour la commune. Un autre élément important sera l’existence d’un journal municipal, qui ne soit pas l’outil de communication de la mairie, mais un journal rédigé et alimenté par les habitants, les associations, un journal qui soit le reflet de la ville et de ses débats. Enfin, l’implication des citoyens et des citoyennes devra se faire dans la prise de décision. Il s’agira d’établir une constitution municipale qui permette la co-construction des décisions importantes, et une autonomie certaine dans les décisions de quartiers

6/ Une ville de services publics

Le service public est avant tout le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ; aussi les services publics locaux doivent être vus et encouragés comme une richesse permettant à toutes et tous de bien vivre, s’éduquer, se cultiver, se soigner, se loger etc…Nous considérons que le service public n’est pas un coût mais un investissement et l’indispensable prévention contre les exclusions et les inégalités.

A ce titre, nous souhaitons renforcer nos services publics de l’éducation en permettant à tous les enfants d’être mieux armés grâce à un accompagnement des enseignants dans leurs missions par des intervenants spécialisés. Nous devrons également améliorer l’offre municipale de santé. Nous voyons avec cette crise sanitaire l’importance de structures de proximité.

Voilà un retour sur nos propositions – non exhaustives – pour une future politique municipale à Saint-Ouen.

Lettre ouverte à Martin Hirsch, Directeur général de Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP).

Dans cette crise sanitaire sans précédent, nous, colistier-e-s de « A Gauche! Pour une ville solidaire et écologique » à Saint-Ouen, voulons nous adresser à vous, Monsieur Hirsch.

Lors de notre campagne électorale, certain-e-s d’entre nous, de nos proches, de nos militant-e-s mais aussi des habitant-e-s que nous avons eu l’occasion de rencontrer ont contracté le Covid-19. Nous n’avons pas cherché à le cacher ni à minimiser cette situation au sein de notre équipe de campagne. Et nous saluons le courage, l’exemplarité, la conscience professionnelle des personnels de santé de l’APHP comme des centres municipaux de santé à qui nous avons eu affaire au cours de cette dernière semaine.

Si nous nous adressons aujourd’hui à vous, c’est parce que nous nous souvenons de votre venue à Saint-Ouen lorsque vous nous aviez affirmé lors d’une réunion dite « de concertation » que nous étions des « archaïques » (c’était votre terme) parce que nous refusions votre projet de grand hôpital nord que vous voulez implanter en lieu et place de l’usine PSA, au cœur de notre ville.

Non, nous ne refusons pas un nouvel hôpital dans notre département. Mais ce que nous refusons, c’est la suppression de 500 lits, assortie de la suppression de plusieurs centaines de postes de soignants qu’engendrera la fusion des hôpitaux Bichat et Beaujon et qui est un des fondements de votre projet « Grand hôpital Nord ».

500 lits, c’est l’équivalent d’un hôpital de province.

Si nous avons l’impudence de vous rappeler vos mots, M. le directeur général, c’est que les circonstances, tragiques, font malheureusement l’économie de la démonstration : voulez-vous vraiment, Monsieur Hirsch, réduire les moyens de l’hôpital public ? Nous nous adressons aussi à vous en toute solennité pour que vous reveniez sur votre projet de grand hôpital tel que vous l’avez imposé jusqu’à maintenant. Nous avons depuis le début, contre le projet de fusion, défendu le double projet, d’un côté, de rénovation et d’extension de l’hôpital Bichat et, d’autre part, d’implantation d’un hôpital de taille moyenne sur notre secteur du Département.

Nous ne vous demandons aujourd’hui rien de plus qu’entendre les vœux formulés par le président de la République : sortir l’Hôpital public de la logique du marché, ne plus supprimer de lit d’hôpital et, à St Ouen, ne pas poursuivre votre projet de grand hôpital nord en lieu et place de l’usine PSA.

Aujourd’hui comme hier nous sommes disponibles pour envisager avec vous l’implantation d’un hôpital sur le secteur de Plaine Commune et la rénovation restructuration extension de l’hôpital Bichat et du CHU attenant, hôpital qui se trouve à la porte de Saint-Ouen et qui a toutes les capacités d’un hôpital francilien rénové et d’avenir.

Recevez, Monsieur le directeur général, nos respectueuses salutations.